La fermeture annoncée d’Espace vie adolescence (EVA) à Saint-Denis (93), dispositif de prise en charge des adolescentes en difficulté, est une illustration particulièrement frappante de la réorientation actuelle de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui donne priorité à la prise en charge de l’enfance dangereuse.
Créé en 1983 à l’initiative de deux éducatrices de la PJJ, EVA est une expérience unique qui croise depuis plus de vingt ans les compétences de la PJJ et celle de deux acteurs majeurs des droits des femmes, le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) et le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Il se présente comme un espace libéré des contraintes auxquelles sont habituellement soumises les structures de la PJJ. EVA ne se soumet pas au critère de mixité qui a cours dans les Unités éducatives d’activité de jour (EVA prend en charge exclusivement les jeunes filles) et ne procède pas au signalement systématique, à la hiérarchie, des adolescentes suivies.
Dès l’origine, EVA a été investi par des militantes du planning familial et des juristes du CIDFF dans le but de créer un accueil répondant à l’ensemble des difficultés rencontrées par les jeunes filles. Ces difficultés touchent principalement aux questions de genre : questions de sexualité (information, prévention, contraception, avortement), violences faites aux femmes (viols, violences conjugales, mariages forcés). Il s’agit également de gérer des problèmes liés à la pauvreté endémique du département, dont les jeunes filles sont les premières victimes (logement, endettement, emploi, régularisation). Depuis sa création, EVA a vu sa fréquentation augmenter de manière exponentielle et sa fermeture programmée témoigne du désinvestissement d’une administration en recomposition, qui tend à déléguer la protection de l’enfance en danger aux collectivités locales, pour se consacrer de plus en plus largement à la prise en charge au pénal .
Afin d’appréhender la singularité du lieu, nous avons réalisé une enquête ethnographique auprès des protagonistes d’EVA (éducatrices, partenaires associatifs, adolescentes). Il s’agissait d’observer les interactions entre les différents acteurs du dispositif, de constater en situation les modalités de réalisation d’un engagement féministe au sein d’une structure institutionnelle et d’interroger les attentes des jeunes filles accueillies.
On entre à EVA par une petite porte...
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Ce mois-ci j'ai choisi de publier un article venu de Mouvements écrit par Alice Romèrio et Arthur Vuattoux, qui me parait d'une importance majeure car il fait état d'une fermeture de service dont j'ai souvent entendu dire beaucoup de bien. Alors, comment comprendre ou expliquer les priorités de la PJJ quand elle décide de pratiquer la politique du vide, là où il y a besoin d'aide?
Le désengagement des tutelles depuis quelques années signe l'arrêt de mort de beaucoup de dispositifs qui ont gardé des qualités d'accueil difficilement retrouvées dans les grandes associations, justement parce que le caractère des prises en charge est très spécifique et souvent novateur. Dans le cas d' EVA la prise en charge de jeunes filles est socio-médico-juridico-educative, et permet un regard plus large sur leurs situations et leurs difficultés. Surtout à un moment où l'on parle des violences faites aux femmes et que les chiffres font d'eux mêmes comprendre qu'il y a nécessite de prévention. Donc: paradoxe ou abandon conscient d'une catégorie d'adolescentes que ne sont pas à fortiori délinquantes, mais qui peuvent par manque de repères solides tourner mal? L'entre deux semble ne plus intéresser la PJJ qui concentre son attention dans le traitement de cas lourds. Là où l'on peut facilement faire du chiffre et apparaître comme bon élève d'une politique qui laisse de plus en plus le monde associatif sur le bas-côté de la route.
Voilà aussi l'une des raisons qui m'ont fait quitter le travail éducatif, le manque de moyens et l'arrivée en force d'une mentalité affairiste et souvent étrangère au millieu associatif.
En tant que femme, ex- éducatrice d'adolescents et mère d'une jeune fille, je ne peux que déplorer cette fermeture et espérer que les tutelles soient plus reconnaissantes de l'importance des services rendus à la communauté par les petites associations, qui arrivent à avoir une valeur ajoutée difficilment egalée par les gros services. Dommage que cela ferme, et dommage que cela tombe sur les jeunes filles, les futures mères des nouvelles générations. Comme si l'on pouvait oublier cela!
Deb Chaves

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Coin des bonnes pioches