Billet Septembre 2010
L'indissible destin de Sakineh
Dimanche après midi il a fait chaud à Paris, un peu de soleil pour nous rapeler que l'été s'en va doucement et que devant nous, dans les jours à venir, un vent de tristesse et de noirceur nous attend peut-être, car la vie de Sakineh et son destin effroyable risquent de nous exploser à la figure sans que nous ne puissions plus faire grande chose.
Dimanche, à la place de la République, il y avait du monde et du beau linge, certains pleins de sincerité et d'engagement, d'autres à la recherche d'un spotlight perdu pouvant s'arrêter sur eux et nous faire oublier quelques unes de leurs dernières actualités pas très réjouissantes ni très humanistes. Je pense à la ministre Fadela Amara qui nous a concocté un beau discours quelle a tenu à debiter malgré les interventions d'un petit group de femmes qui criait haut et fort "démission, démission"!
Et dans tout cela BHL qui nous tient la grappe durant plus d'une demi- heure, avec des propos tantôt pertinents tantôt médiocres, dégoulinant d'un sentimentalisme douteux à coté d'une Dombasle, la tête couverte d'un voile tigré. Dommage que l'on n'a pas plus laissé la parole aux femmes présentes, des femmes de grande expression dans divers domaines de la vie publique française, qui venaient là pour apporter leur soutien ou plus beau encore, lire les paroles d'autres qui ne pouvant pas y être ont fait parvenir de textes grande profondeur humaine et de sensibilité féminine. Un soutien indéniable à cette cause, à Sakinet qui vit depuis le mois d'août en quartier d'isolement.
C'est dommage que ces femmes, artistes, écrivains, metteurs en scène, avocates, chanteuses, militantes, finalement restent sur la scène, un peu potiches pendant que le beau mâle s'exprime et... dérape gravement à mon sens.
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Il faudra vous expliquer maintenant quel était le fil coucteur de cette manifestation : au début un temps pour la lecture des lettres; en suite BHL prend la parole, à juste titre car c'est son journal le premier à soulever cette affaire; ensuite un coup pour la ministre et finalement BHL en duplex avec l'avocat de Sakinet et son fils qui répondent à une interview au téléphone directement de ll'iran.
C'est en meneur de cette interview, traduite en simultané, que BHL pose des questions sur Sakinet, son procès, son moral, sa santé, son isolement et en toute fin des échanges qu'il demande au fils de Sakinet s'il avait un doute sur l'innocence de sa mère!!
Nous étions là car nous croyons à la liberté et à la justice
Après être jugée pour complicité dans l'assassinat de son mari et pour adultère, elle est condamnée à la mort par lapidation. Ses aveux ont été extorqués sous la torture, les preuves ne prouvant pas sa culpabilité, ont les a fabriqués.
Coupable d'avoir eu des rapports en dehors de son couple elle a été fouettée 99 fois. Alors, qu'est ce que BHL cherchait avec une telle question? Savoir si elle a couché ou pas?
Nous étions là parce que nous croyons à la liberté et à la justice; à la liberté d'une femme à disposer de son corps comme bon lui semble. Nous étions touts contre cette comndanation barbare que nous parrait sortie d'une époque revolue. Le plus émouvant c'est que c'est le fils qui prend en charge la divulgation des informations sur Sakinet pour être sur que la source est bien fiable, c'est lui qui a alerté l'opinion internationale, à ses risques et périls.
Avec cette question, après toutes les belles choses dites et lues, BHL m'a semblé déplacé et sa question d'avantage symptomatique de son doute à lui. Le dramatique dans cela c'est que le fils répond, peut être surpris par la teneur des propos et certainement hanté par la possibilité des écoutes téléphoniques: " non pas de doute sur son innocence, si j'avais eu un doute je n'aurais pas fait ce que je fais pour elle".
Machisme oblige, semons le doute là où la seule certitude est la barbarie d'un régime sectaire, sexiste, arriéré, corrompu, qui se défoule sur la femme, cible facile de leur haine contre tout ce que peut sembler résistent ou opposant à leur dogmatisme aveugle.
Un régime qui pourrait, qui sait, avoir raison si elle est...coupable !
La différence entre l'engagement et la recupération
Qu'est-ce que nous sommes venus faire là cette après midi? Nous sommes venus dire non à cette condamnation barbare, dire non à ce semblent de Droit dont l'herméneutique juridique nous parait si improbable. Dire non à un régime qui mal-traite l'islam, qui donne la possibilité à ses citoyens de devenir des êtres barbares, destitués de tout ce qu'en eux pourrait être civilisé, descendus dans les très fond de la condition humaine, animés par un désir destructeur de la souffrance de son semblable.
BHL a offert à ce garçon, fruit de son milieu, la triste possibilité de nous faire voir sa part obscurantiste. Finalement il défend sa mère bec et ongles car elle est innocente, autrement dit, coupable, il l'aurait laissée crever et pas n'importe comment: lapidée.
Cette question, mine de rien, nous montre la différence entre l'engagement par la conviction du bien fondé de la cause et la récupération, souvent teinté de la faiblesse mesquine de celui qui récupère, qui ne mesure pas la portée de ses mots, car en général le récupérateur a un ego sur dimensionné, en dehors de lui, le néant.
Je suis quasiment sure que sur ce plateau monté autour de la République, rien que ça, aucune des femmes serait tentée par une question aussi tordue.
Alors que nous savons si bien qu'un enfant ne peut pas choisir entre un parent et l'autre; qu'il sera toujours loyal à ses parents, sans pouvoir les juger, et tant mieux pour lui!
Hélas ce garçon n'était pas en mesure de donner "la bonne réponse", naturelle, spontanée, mettant en avant l'amour d'un fils pour sa mère...."coupable ou pas je la défend, c'est ma mère".
Il est tombé dans le piège de la question qu'instrumentalise la réponse. La question de BHL met le fils de Sakinet dans la position ambiguë de prendre une part de pouvoir dans cette sordide histoire. Qu' il prend d'ailleurs mais du mauvais côté, il corrobore le totalitarisme et la barbarie dont sa mère est victime:"si elle était coupable je n'aurais pas fait tout ça pour elle". Ce que d'une certaine façon aurait invalidé ce pourquoi nous sommes venus là: crier contre la barbarie humaine, contre la lapidation quelque soit le cas, innocent ou pas.
Ou cela serait encore plus étriqué, comme c'est un iranien habitué aux réponses formatées, il a peur des représailles redoutables d'un régime qui quand il ne réprime pas par la prison et la torture il ...écoute, il répond alors à celui chargé du rapport,de l'autre côté de la ligne, espérant que ses mots ne se transforment pas en maux encore plus insuportables pour sa mère.
En tout cas BHL aurait mieux fait de se taire et prendre un peu de recul.
Sakinet n'est pas sortie d'affaire, loin de là!
Deb Chaves
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Que deviendra Sakineh à la fin du Ramadan?
Jour de l'Aid et fin de la période sainte pour les musulmans, aujourd'hui pourra être la fin aussi de la suspension de peine appliquée à Sakineh. Cette suspension, qu'en aucun cas ne veut dire annulation de la peine ou retour sur la décision prise par le tribunal Iranien de condamner cette femme à la mort par lapidation, peut être à partir de maintenant oubliée et la peine mise en exécution.
Le gouvernement iranien a fait ce qu'il ferait indépendamment des manifestations internationales, car comme tout le monde sait bien, durant le ramadan il n'y a pas d'exécutions. Alors, on-t -is fait joujou avec l'opinion publique internationale? Pour nous donner de quoi nous nourrir d'espoir durant ces derniers jours, pour revenir finalement de façon perverse à leur décision du départ, en preuve d'inflexibilité souveraine?
En tout cas il y a eu beaucoup de mobilisation autour de ce cas désespéré et tant mieux car il serait grand temps de finir avec la barbarie humaine et pour Sakineh masculine et terriblement arriérée. Maisest - ce que l'Iran ne se saisie pas de cela pour négocier d'autres dossiers laissés en "souffrance" et obtenir ce qu'il veut en matière de nucléaire? Sakineh, femme humble quasi analphabète est peut être en train de devenir une monnaie de change, l'instrument à travers lequel l'Iran pourrait se tailler une réputation de pays modéré afin de gagner un brin de confiance auprès de la communauté internationale, qui séduite pourrait céder.Serait-ce ça?
Plus je me efforce d'avoir un sentiment positif la dessus plus je me dis que c'est foutu, que cette affaire est montée de toute pièce contre Sakineh et
qu'hélas cette femme va trinquer, car ce remue-ménage ne peut servir qu'aux intérêts iraniens et en rien à Sakineh. Ce que
cela nous a prouvé indéniablement c'est que l'iran est encore et le sera pour un bon moment un pays complètement cadenassé et la propriété d'intégristes des plus redoutables. Que la parole des gouvernants et des hommes de loi d'Irann'est qu'une et une seule: quand ils nous disent qu'il n'y a pas d'uranium enrichi pour l'armement c'est parce que il n'y en a pas et quand ils disent que Sakineh est coupable et sera exécutée, elle le sera.
Hier soir, pour la première fois j'ai pu rire de cette affaire, vous me diriez il n'y a rien de risible la dedans et pourtant! Les Guignols ont fait une blague horriblement drôle, Ahmadinejad est interviewvé sur le cas Sakineh, et il répond la chose suivante:"Puis que vous ne voulez pas me donner de quoi faire une centrale nucléaire pour générer de l'énergie électrique pour que je puisse la tuer proprement, comme font les américains, à la chaise électrique, je dois me débrouiller comme je peux!" En gros c'était ça.
Que faire d'autre que prier pour qu' elle soit sauvée?
Aid Mabrouk
Deb Chaves
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Une manifestation est prévue ce dimanche 12 septembre à 14 h Place de La République pour soutenir Sakineh. Vous pouvez aussi signer la pétition en ligne sur le site dont le lien apparaît en bas de la page LIENS.
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Coin des bonnes pioches